Odile a grandi dans un village coquet et austère, niché dans une vallée verdoyante avec une rivière qui se déverse dans un grand lac bordé de falaises. Dans ce décor idyllique, on découvre une communauté rigide, avec de cruelles punitions corporelles et où les comportements violents sont monnaie courante…
Odile, qui arrive à l’âge de l’apprentissage, choisit de postuler pour le Conseil. Son instituteur, réticent, lui donne une dissertation :
Si vous aviez l’autorisation de sortir de la vallée, dans quelle direction iriez-vous ?
Or, Odile a déjà vu une carte : le village est encadré à l’Ouest et à l’Est par deux villages, identiques. À l’Ouest, il s’agit de leur communauté, dans l’état où celle-ci était des annéess plus tôt et à l’Est, leur même communauté, mais plus tard. La mission du Conseil consiste à régir les rares incursions d’humains à l’Est et à l’Ouest et à les refuser, le plus souvent.
Odile, intelligente et solitaire, est l’objet de harcèlements. Deux garçons volent un jour à son secours : Alain, le copain dont tout le monde voudrait être l’ami, et Edmé, sensible, violoniste doué. Ses parents ne veulent pas entendre parler de sa vocation. Odile s’éprend d’Edmé, mais une fâcherie d’adolescent survient : le lendemain, Edmé se jette du haut d’une falaise. Dès lors, Odile ploie sous une culpabilité qui devient un destin : inconsolable, elle quitte son apprentissage au conseil et rejoint la milice… et Alain sombre dans la délinquance.
Le ton est prenant, la vie d’Odile trace le portrait sensible d’une communauté sectaire dont la jeune femme doit comprendre les règles, qui font que, si certains obtiennent d’aller voir ce qui se passe à l’Est – plus tard – mais où sont particulièrement proscrits les voyages à l’Ouest, où la moindre interaction, modifierait le présent… Ayant rejoint la milice, en tant que gardienne, elle patrouille sans fin le long de la frontière… Sa façon d'être fait qu'elle est l’objet de brimades incessantes : de la volonté de la rabaisser à la menace de viols... Sa vie est-elle une descente aux enfers sans recours ?
Le livre explore avec minutie toutes les impasses de cette société rigide où l’alcoolisme semble être le seul plaisir d’humains désespérés et brisés... L'adolescence serait-elle le lieu de tous les possibles et de tous les enfers ?
Bernard Henninger

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