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dimanche 21 avril 2013

L'âme des poètes (longtemps) Charles Trenet

    Refrain :
        Longtemps, longtemps, longtemps,
        Après que les poètes ont disparu,
        Leurs chansons courent encore dans les rues.
                    -
    La foule les chante, un peu distraite,
    En ignorant le nom de l'auteur,
    Sans savoir pour qui battait leur cœur,
    Parfois on change un mot, une phrase,
    On fait la la la la la la
    La la la la la
                    Refrain
    Un jour, peut-être, bien après moi,
    Un jour, on chantera
    Cet air pour bercer un chagrin,
    Ou quelque heureux destin.
    Fera-t-il vivre un vieux mendiant ?
    Ou dormir un enfant ?
    Ou, quelque part au bord de l'eau,
    Au printemps tournera-t-il sur un phono ?
                    -
        Longtemps, longtemps, longtemps,
        Après que les poètes ont disparu,
        Leur âme légère court encore dans les rues
                    -
    Leur âme légère, c'est leurs chansons
    Qui rendent gais, qui rendent tristes,
    Filles et garçons,
    Bourgeois, artistes,
    Ou vagabonds.
                    -
    Longtemps, 
    longtemps, 
    longtemps,
    La la la...
J'ai cherché une version concert, mais je trouve que Charles Trenet est meilleur en studio... La version studio est plus rapide, et donc plus chantante, le poète a l'élégance de se faire oublier et de donner à la musique la préséance... L'illustrateur est une personne remarquable, et comme je lui ai emprunté son image, le moins que je puisse faire est de vous recommander son blog.

dimanche 1 juillet 2012

La folle complainte (Charles Trenet)

Les jours de repassage, dans la maison qui dort,
La bonne n'est pas sage mais on la garde encore.
On l'a trouvée hier soir, derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père a tout remis ordre,
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises, il pleut sur la basse cour,
Il pleut sur les framboises, il pleut sur mon amour.
*
Je me cache sous la table,
Le chat me griffe un peu,
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu,
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit,
Dormons, dans ma chaumière,
Dormez, dormons sans bruit.
Berceau berçant les violes,
Un ange s'est caché
Dans le placard aux fioles
Où l'on me tient couché
Remède pour le rhume, Remède pour le cœur,
Remède pour la brume, Remède pour le malheur.
*
La revanche des orages a fait de la maison
Un tendre paysage pour les petits garçons
Qui brûlent d'impatience deux jours avant Noël,
Et, sans aucune méfiance, acceptent tout pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares, et les trains électriques,
Les larmes dans les gares, Guignol et les coups de trique,
Les becs d'acétylène, aux enfants assistés,
Et le sourire d'Hélène par un beau soir d'été.
*
Donnez-moi quatre planches pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche, le gentil écureuil.
Je n'ai pas aimé ma mère. Je n'ai pas aimé mon sort.
Je n'ai pas aimé la guerre. Je n'ai pas aimé ma mort.
Je n'ai jamais su dire pourquoi j'étais distrait.
Je n'ai pas su sourire à tel ou tel attrait,
J'étais seul sur les routes sans dire ni oui ni non.
Mon âme s'est dissoute. Poussière était mon nom.

Charles Trenet (1913-2001) a écrit la Folle Complainte en 1951, qui restera pour nous mystérieuse : l'auteur avoue qu'il y a été d'une grande sincérité, d'où la symbolique mystérieuse qui baigne de mélancolie et de mort la chanson. Les exégètes disent que c'est une chanson composée en huit huitains d'hexasyllabes, mais regroupés deux à deux, je trouve que les alexandrins (avec rime à la césure) lui donnent meilleur tonus (j'ai rétabli les huitains pour l'image). J'en ai trouvé une jolie version.