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samedi 10 mars 2018

Le prochain amour (Jacques Brel)

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      On a beau faire, on a beau dire
      Qu'un homme averti en vaut deux
      On a beau faire on a beau dire
      Ça fait du bien d'être amoureux

      Je sais je sais que ce prochain amour
      Sera pour moi la prochaine défaite
      Je sais déjà à l'entrée de la fête
      La feuille morte que sera le petit jour
      Je sais je sais sans savoir ton prénom
      Que je serai ta prochaine capture
      Je sais déjà que c'est par leur murmure
      Que les étangs mettent les fleuves en prison

      Mais on a beau faire on a beau dire
      Qu'un homme averti en vaut deux
      On a beau faire on a beau dire
      Ça fait du bien d'être amoureux

      Je sais je sais que ce prochain amour
      Ne vivra pas jusqu'au prochain été
      Je sais déjà que le temps des baisers
      Pour deux chemins ne dure qu'un carrefour
      Je sais je sais que ce prochain bonheur
      Sera pour moi la prochaine des guerres
      Je sais déjà cette affreuse prière
      Qu'il faut pleurer quand l'autre est le vainqueur

      Mais on a beau faire on a beau dire
      Qu'un homme averti en vaut deux
      On a beau faire on a beau dire
      Ça fait du bien d'être amoureux

      Je sais je sais que ce prochain amour
      Sera pour nous de vivre un nouveau règne
      Dont nous croirons tous deux porter les chaînes
      Dont nous croirons que l'autre a le velours
      Je sais je sais que ma tendre faiblesse
      Fera de nous des navires ennemis
      Mais mon cœur sait des navires ennemis
      Partant ensemble pour pêcher la tendresse

      Car on a beau faire car on a beau dire
      Qu'un homme averti en vaut deux
      On a beau faire on a beau dire

      Ça fait du bien d'être amoureux
(1961, Paroles : Jacques Brel & Musique : Gérard Jouannest)
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Pour aborder le grand Jacques Brel, il faut y aller avec délicatesse. Mais, comme disait un joli documentaire vu cet automne, les femmes ne se trompaient guère devant l'étalage de sa prétendue mysoginie et quand il écrit le « prochain amour », c'est un embarquement pour la tendresse...
En bonus, donc, la chanson et le documentaire :
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dimanche 26 mai 2013

Rosa rosa rosam (Jacques Brel)

Refrain :
Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis
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C'est le plus vieux tango du monde
Celui que les têtes blondes
Ânonnent comme une ronde
En apprenant leur latin
C'est le tango du collège
Qui prend les rêves au piège
Et dont il est le sacrilège
De ne pas sortir malin
C'est le tango des bons pères
Qui surveillent l'œil sévère
Les Jules et les Prosper
Qui seront la France de demain.
               Refrain
C'est le tango des forts en thème
Boutonneux jusqu'à l'extrême
Et qui recouvrent de laine
Leur cœur qui est déjà froid
C'est le tango des fort en rien
Qui déclinent de chagrin
Et qui seront pharmaciens
Parce que papa ne l'était pas.
C'est le temps où j'étais dernier
Car ce tango rosa rosae
J'inclinais à lui préférer
Déjà ma cousine Rosa
               Refrain
C'est le tango des promenades
Deux par seul sous les arcades
Cerclé de corbeaux et d'alcades
Qui nous protégeaient des pourquoi
C'est le tango de la pluie sur la cour
Le miroir d'une flaque sans amour
Qui m'a fait comprendre un beau jour
Que je ne serai pas Vasco de Gama
Mais c'est le tango du temps béni
Où, pour un baiser trop petit,
Dans la clairière d'un jeudi
A rosi cousine Rosa
               Refrain
C'est le tango du temps des zéros
J'en avais tant des minces, des gros,
Que j'en faisais des tunnels pour Charlot
Des auréoles pour Saint-François,
C'est le tango des récompenses
Qui allaient à ceux qui ont la chance
D'apprendre dès leur enfance
Tout ce qui ne leur servira pas
Mais c'est le tango que l'on regrette
Une fois que le temps s'achète,
Et que l'on s'aperçoit, tout bête,
Qu'il y a des épines aux Rosa
               Refrain
 Ah, « Le miroir d'une flaque sans amour... » rien que pour ce vers, c'est une chanson extraordinaire. Derrière, il y a la suggestion d'une séquence de cinéma : le pied capricieux de Rosa tape dans la flaque,  arrose Brel, qui n'en peut mais, et qui, immobile, regarde s'éloigner l'adolescente... beaucoup d'épines aux Rosa.
Pour le « Tango des forts en thème, boutonneux jusqu'à l'extrême et qui recouvrent de laine leur cœur déjà froid », mes propres souvenirs du collège me donnent envie de vomir, puis de donner des claques à ce prétentieux, ce poseur, ce frimeur. Ce que j'ai pu le détester pour cette hypocrisie M'as-tu-vu de moraliste étriqué. Les premiers de classe sont eux aussi des marginaux, et ils souffrent d'avoir été exclu du groupe, à cause de cette intelligence dont la seule clef serait de se rabaisser ? 
 Dilemme : 
  • ou je fais le singe pour ressembler aux autres, et je me méprise, 
  • ou je me drape dans la provocation et, en plus d'être intelligent, je travaille beaucoup,  beaucoup, avec le désir de faire reculer cette masse ricanante.
 Nulle échappatoire honorable. La solitude, le lot des exclus, premiers de classe, malades, estropiés de la vie... Il y a bien des désagréments à être premier de sa classe, je me demande parfois s'il n'y avait pas que ça, des désagréments ? 
 Une comparaison avec une chanson de la même époque : des roseaux chantent à tue-tête la fable du Chêne et du roseau à un chêne, qui, lassé, se déracine et part sur le chemin... Brassens ajoute : « Mais, moi qui l'ai connu, je sais qu'il en souffrit, de quitter l'ingrate patrie... ». Pour les avoir entendues ces rosae chantées à tue-tête par des braillards persuadés de leur non-conformisme et croyant qu'il suffit de gueuler en meute pour se croire anarchistes... 
 Il m'arrive aussi de mépriser Brel. La chanson est belle, néanmoins, malgré son idéologie racoleuse et sa démagogie. La version que j'ai trouvée, commence par une publicité, hélas, mais elle est suivie d'une perle, l'ancêtre du clip, un véritable scopitone ! Chanson !

dimanche 19 février 2012

Les vieux (Jacques Brel)

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement
Parfois du bout des yeux.
Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusion
Et n'ont qu'un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande
Et le verbe d'antan
Que l'on vive à Paris, on vit tous en province
Quand on vit trop longtemps
Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde
Quand ils parlent d'hier
Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore
Leur perlent aux paupières
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir
La pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui, qui dit non,
Qui dit : je vous attends

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent,
Leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche
Ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides
Leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s'ils sortent encore bras dessus bras
Dessous tout habillés de raides
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux,
L'enterrement d'une plus laide
Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure
La pendule d'argent qui ronronne au salon,
Qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour
Et dorment trop longtemps,
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre
Et se perdent pourtant
Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire,
Le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste
Se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois
En pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà
De n'être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois
La pendule d'argent
Qui ronronne au salon qui dit oui qui dit non
Qui leur dit : je t'attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non
Et puis qui nous attend.

Chanson écrite et chantée par Jacques Brel
(1929-1978)