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jeudi 1 août 2013

Le Nu dessexué

Pour quelqu'un qui a connu les années soixante-dix et leur volonté, obsession peut-être, de libération sexuelle, il me semble que l'époque moderne sera un jour qualifiée par sa violence et son refus de toute représentation de la sexualité et du désir de deux êtres, du moins dans la représentation : télévision, cinéma, littérature...
A l'opposé, les productions modernes ne se refusent aucune complaisance en matière de violence. Cadavres, chairs décomposées, malmenées, écrasées, découpées, le corps est souvent réduit à une chose que l'on coupe, que l'on tranche, que l'on malmène, que l'on mange parfois... Le premier exemple, amusant, est une série scientifique, N.C.I.S. très regardée, où le médecin légiste est representé parlant avec tendresse à des cadavres atrocement mutilés, tandis qu'un projecteur et un trucage de l'image voilent d'une tache blanche ultra-lumineuse les parties sexuelles du mort...
 (image extraite de N.C.I.S.)
En réalité, il est fréquent qu'un film / un roman parle de sexualité pervertie, de celles où la violence et le
pouvoir viennent gâcher le plaisir, dominateurs et dominés, l'union du fouet et des menottes est de bon ton, elle est même chic, on en rit, on bâtit des scénarios policiers où l'on explore la psychologie d'une dominatrice, mais tout cela reste voilé et caché. Le nu, celui qui éveille le désir, est prohibé et il n'est évoqué que par sa réduction. Dimanche, c'était une série où un dominé avait été enfermé dans une cage à chien, les mains entravées par des menottes roses avant d'être transpercé par une lame... Mise en scène macabre dont nous ne verrons rien, sauf... qu'à partir des cendres du mort,  la dominatrice a fait « réaliser » un diamant.
  Parfois, le nu est permis, sous réserve que la sexualité soit évacuée :
. Le Burlesque est un streep-tease prôné par les féministes elles-même. Le strip-tease devient alors un outil d'émancipation, apprendre à accepter et faire accepter, son corps, et ses imperfections, à le révéler, sous réserve, que la nudité serve de prétexte à la mise en scène de gags. D'où son nom, le burlesque. Et sa pudeur : les bouts de seins doivent être cachés, jamais le sexe n'est vu, c'est un nu sans sexe, et presque sans désir. C'est frustrant et ce n'est pas le moindre des paradoxes que le féminisme se révèle une entreprise de démolition du désir.
. Les Femen exposent leurs seins, organes sexuels en les ornant de slogans et de mots crus. Ici, l'exposition du nu est transformé en un acte de violence extrême, il s'agit de hurler contre la répression, pas de sexualité là non plus, mais de la politique, et un affrontement violent, qui peut finir dans un tribunal, là où la violence est jugulée par l'exercice des lois.
 Dans les films de mon enfance, l'alerte parentale — le carré blanc — était un indicateur de scènes à caractère sexuel. Aujourd'hui, il est toujours l'indice d'une violence. Ainsi, une série policière (« Bones ») à caractère sentimental, qui affiche systématiquement un cadavre, mutilé, écrasé, démembré et dans un état de décomposition avancée... et dont la résolution n'expliquera jamais la raison de cette mise en scène macabre, preuve que la violence et le gore sont reconnus comme fédérateur du public, désirés, alors que le sexe, dans cette série, est carrément fleur bleue, semé de bisous et de comportements de bisounours (charmants et infantiles).
 . Enfin, signalons Spencer Tunick, photographe qui filme des foules nues, et je ne peux m'empêcher de penser à cette américaine puritaine d'un roman de Philip K. Dick qui, le jour où elle se révèle douée de pouvoirs paranormaux, s'empresse de changer les corps d'autrui et de leur ôter leurs organes sexuels. On peut se mettre tout nu, dès lors, et rester d'une chasteté monacale !
 Le nu existe donc, mais le sexe en est toujours évacué. Les lobbys, féministes et religieux se rejoignent dans leur volonté de dessexuer le corps. Le sexe, la femme, l'homme, ne sont pas représentables dans leur dimension du désir, films et romans nous montrent des sociétés où le sexe n'existe pas, ou bien en tant que repoussoir : les autres sexualités sont admises, en tant qu'orientation sexuelle, discussion sur l'orientation, alors que les fictions décrivent à loisir le désir comme une faiblesse, qui conduit au meurtre, le plaisir comme une pente aboutissant à la mort, le désirant ou l'innocent tombant sous la coupe d'une personne dominatrice et violente abondent... Vous trouvez vraiment qu'on vit dans une époque libérée, vous ?
Le nu n'existe plus que comme mise en scène... et comme négation.
Enfin, il y a parfois des exceptions, quelque chose qui évoque de la tendresse... du moins c'est le sentiment que donne cette œuvre de Ron Mueck

jeudi 12 avril 2012

Prostitution : la limite du féminisme

De grandes bourgeoises s'enivrent de discours sur la liberté et se montrent incapables d'accorder à autrui cette liberté qu'elles réclament à corps et à cris ? Egalité des salaires, égalité dans la hiérarchie, et si on commençait par le début : la capacité de deux êtres à décider s'ils sont d'accord pour une pratique sexuelle concertée et tarifée ?
L'humanité ne consiste-t-elle pas — parfois — à éviter de faire souffrir autrui au nom de ses grands principes ?

jeudi 5 avril 2012

Mariage homosexuel

Des militants de l'homosexualité demandent le mariage. Le mariage bourgeois ? Celui qui a été vilipendé et dont se détournent les couples hétérosexuels, parce que c'est une institution vieillie, rigide et peu apte à répondre à la modernité des couples ? Oui oui.

Mais alors pourquoi ces chantres de la modernité, issus de tant de souffrance, exigent-ils le mariage ? Pourquoi se marier ? Que se serait-il passé si Georges Brassens et Marguerite Duras, bras dessus bras dessous, avaient postulé à l'Académie Française ?
De servante n'ai pas besoin,
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense...
Qu'en éternelle fiancée,
A la dame de mes pensées
Toujours je pense...
La majorité des Pactes Civils de Solidarité est le fait de couples hétérosexuels, et il semble que les jeunes désirent une union consacrée, mais légère, sans repas pantagruélique, rassemblant les bans et arrière-bans de la famille, sans promesse devant Dieu, sans engagement solennel devant la société, sans serment qui se brise misérablement, avec la possibilité d'enfants et en sachant qu'on se sépare bien souvent.
 La jeunesse d'aujourd'hui se méfie de la passion d'hier. Le coup de foudre prôné comme seul amour véritable par les féministes de ma jeunesse a connu tant d'échecs qu'on le compare aujourd'hui à une maladie aussi brûlante que brève, plus inutile que douloureuse. D'où vient cette bizarre mascarade ? Et pourquoi des lobbys exigent-ils le mariage homosexuel à grand renfort de tonnerre médiatique ? Et si la finalité de tout cela n'était pas la vénérable institution, mais une autre ? On aurait affaire à une sorte de coups de billard à deux bandes, le mariage n'étant que le dindon d'une farce de moins en moins drôle ? Ne serait-il pas alors préférable, et salutaire, de se contenter de réformer l'autre institution ? L'adoption ?

mercredi 28 mars 2012

L'éveil du désir

  Les cinéastes de mon enfance... non : adolescence, s'appelaient : Buñuel, Fellini, Bergman, Antonioni... Ils parlaient d'amour, de la découverte de la sexualité, de son émerveillement avec sa beauté, sa cruauté aussi et l'ouverture au monde, L'avventura — simple amourette d'une jeune femme pour un homme au départ — devient un appel,  l'Aventure majuscule, celle qui lance les hommes dans celle de leur vie.
 Godard attribue cette phrase à André Bazin, et un autre la rapporterait plutôt à un autre critique, Michel Mourlet : « Le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs »... Bazin qui avait baptisé un de ses livres : « Le cinéma de la cruauté »... Désir, cruauté, sentiment, et découverte d'une sensualité qui avait besoin de se débrider d'un carcan de moralité et de s'exprimer dans une certaine... innocence.
Il est remarquable de penser que Wenders seconda Antonioni pour son dernier film :  « Identification d'une femme » et que Antonioni, vieux, aphasique, diminué par la maladie révéla une puissance sensuelle à filmer le désir et le corps féminin qui stupéfia le moderne, mais pudibond, (quasi anglo-saxon ?:-) Wenders...
  Aujourd'hui, cette problématique a été retournée : dans la libération sexuelle, je n'entends plus parler que des pervers qui se sont insinués dans les rangs de cette libération, du Sida qui est venu contaminer la libération homosexuelle, des pédophiles dissimulés dans des institutions pour enfants, de Natascha Kampusch et de son calvaire, enfermée pendant huit ans... Alors,  sexualité, sensualité, désir d'amour quotidien des humains, tout cela disparaît, submergé par une avalanche de violence.
  Et d'ailleurs, tant le cinéma que la télévision ne nous donnent à voir, au mieux, que des amours adolescentes condamnées par leur niaiserie (La guerre des étoiles, épisode 2, pour prendre un exemple célèbre). L'amour n'existe que comme une beuverie dont on se réveille, un jour, avec une énorme gueule de bois, et un enfant, pour N. Portman...
 Aujourd'hui, nos fictions sont régressives, elles parlent de violence, elles traquent le violeur, elles arrêtent les pervers, je peux voir en ouverture d'une série un cadavre verdâtre parsemé de vers blancs, nageant dans des chairs en décomposition, avoir un haut-le-cœur, rarement la mise en scène de la violence n'a atteint un tel degré. Dans cet univers, le désir, c'est le viol, la sensualité, c'est le pervers qui s'en prend à plus faible que lui, et le sexe, la pornographie. Quant au baiser, on hésite à dire si c'est un archaïsme ou une perversion infantile d'un enfant qui rêve (encore !) de têter le sein de sa mère...
 D'ailleurs, les institutions militantes sont là, avec leurs ligues de vertu pour châtrer celui qui parle de désir, de libérer la sensualité et pour réduire dans un ghetto moral de violence et de puritanisme les humains... Telle n'est pas ma conception du progrès. La libération des années soixante est devenue un arme de dénonciations outrancières et une morale étroite. Celui qui désire échapper à ce carcan risque fort de devenir un bouc émissaire...
  J'en appelle à un monde qui cherche l'amour, qui éveille le désir et qui soit capable d'en parler et de le faire, sans avoir à s'épancher sur les pervers, les pédophiles et la prostitution. L'amour, la sexualité, le besoin de sexe, le besoin de tendresse, de sensualité sont suffisamment simples et  complexes pour n'être pas réduit à des caricatures...
  Ainsi, dans le film de Bunuel, où, à la fin, l'héroïne, Viridiana, renonçant un soir à ses vertueux préceptes religieux, passe une belle chemise, coiffe ses cheveux blonds et rejoint son beau cousin qui joue au carte avec sa servante (et maîtresse). Celui-ci, qui la courtise depuis le début, l'accueille avec cette phrase pleine de promesses : « J'ai toujours pensé que nous ferions ensemble une petite belote... » Mais de quoi parle-t-il donc si ce n'est pas de carte ? Et pourquoi notre monde ne serait-il pas capable d'oublier que les libératrices d'hier sont devenues des dames patronnesse ? De se libérer de la morale puritaine ? Et d'aimer ? 

jeudi 8 décembre 2011

Une loi pour régir le sexe ?

Si vous êtes beau, ou si vous avez du charme,
Vous ne payez pas,
Mais si vous n'avez rien, vous payez :
L'instinct est le plus fort.
*
La sexualité est un instinct humain :
La réguler est aussi vain que de convaincre
Un fleuve de ne pas couler.
*
Les gens qui prétendent être Libérés,
Prétendent libérer
Sur la base de leur morale étriquée.
*
Ils proposent de punir ceux qui payent.
Mais quand il s'agir de donner des avantages
A leurs partenaires, les libérés sont décomplexés...
Et n'ont pas besoin de lois.
*
Ils veulent abolir le client, la prostituée,
Le sexe sans amour,
Ceux qui ne leur ressemblent pas.
Mais où ont-ils donc caché leur cerveau ?
*
De grâce, mon Dieu,
Protégez-moi des Libérés
Et de leurs idées...

samedi 31 octobre 2009

Hypocrisie et prostitution

À propos de la prostitution, hommes politiques, éditorialistes et philosophes s'en sont donnés à cœur joie : la prostitution est une honte, le client est une honte pour la France, et une honteuse. Depuis que la prostitution a été prohibée en France en 1946, elle n'est plus censée exister.
À chaque fois que l'actualité met en lumière l'un de ces clients, il faut le fustiger. Que la prohibition de la prostitution n'ait jamais fait reculer celle-ci, qu'elle soit un facteur de paix sociale, que la prohibition ait généré des clandestins, une mafia, de la violence et des cohortes d'esclaves, on ne s'en soucie pas. Notre morale ignore la souffrance qu'elle crée : le front est haut, les dents blanches et le verbe fielleux.