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vendredi 8 octobre 2010

Liberté et servitude (La Boétie (2))


Ce maître, [ce patron, ce PDG, ce directeur, ce président...] :
"Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste, vous remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure...

[ ...] Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres. [...]

Et s'il s'en trouve par hasard qui doutent encore, il faut que je leur fasse l'honneur qu'ils méritent et que je hisse, pour ainsi dire, les bêtes brutes en chaire, pour leur enseigner leur nature et leur condition [...] Plusieurs d'entres elles meurent aussitôt prises. Tel le poisson qui perd la vie, sitôt tiré de l'eau, elles se laissent mourir pour ne point survivre à leur liberté naturelle. D'autres bêtes, des plus grandes aux plus petites, lorsqu'on les prend, résistent si fort, des ongles, des cornes, du bec et du pied qu'elles démontrent assez quel prix elles accordent à ce qu'elle perdent..."

jeudi 23 septembre 2010

Discours sur la servitude volontaire : je ne félicite pas mes maîtres !

Chose vraiment étonnante de voir un million d'hommes misérablement asservis sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d'un qu'ils ne devraient pas redouter - puisqu'il est seul, ni aimer - puisqu'il est envers eux inhumain et cruel...
... Ce maître, ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ?
  Je me souviens d'une professeur de philosophie, qui expédia en quelques heures Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot. Je réfléchis depuis des années sur les bizarreries du pouvoir dans les entreprises et voilà qu'une quarantaine de pages lumineuses décrivent les abus de pouvoir, le harcèlement moral, et que cette voix haute et claire a un nom étrangement connu, venu d'une chanson de Brassens, pour tout dire, et que cette voix décrit les fondements du pouvoir par cette remarque : nos tyrans ne se maintiennent au pouvoir, non par la répression et la violence, mais par le consentement de ceux qui ont tout à en souffrir.
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Après ça, vos lectures vous sembleront fades : DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE d'Etienne de LA BOETIE (1530 - 1563) : il existe un éditeur assez intelligent pour avoir réédité ce chef d'oeuvre dans une version traduite en français moderne (en 1997) : un grand merci aux Editions MILLE ET UNE NUITS !
Modération : ce n'est pas sans doute pas la seule édition mais celle que j'ai découverte, et la postface donne toute la finesse de celle qui l'a traduite en français moderne. C'est la plus facile à trouver, et la moins chère.
En matière de conseil de lecture, j'y ajouterai cette excellente thèse de Bernardette Gadomski : « La Boëtie, le penseur masqué », dont j'ai croisé l'auteur au Salon de Vaux-le-Pénil et où l'auteur analyse les conditions d'apparition de ce météore de la philosophie et du pouvoir, et la permanence d'un ouvrage qui disparaît des décennies et qui resurgit tout aussi régulièrement, lecture migratrice, propice au sentiment d'injustice et d'abus...