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mercredi 20 février 2013
mardi 29 novembre 2011
Sagesse féline
Quand je rentre chez moi, le soir, je dis à mon chat :
« C'est moi qui ai fait le journal. Si je n'avais pas été là, ils se seraient plantés. Tous ! »
« C'est moi qui ai fait le journal. Si je n'avais pas été là, ils se seraient plantés. Tous ! »
Mon chat remue la queue, vient se frotter la tête contre moi, et manifeste des signes évidents d'adhésion au bon exercice de ma profession dont je suis la cheville ouvrière !
En fait, il se réveille alors, s'étire, bâille profondément, puis il miaule bientôt pour me signaler que la partie de « Cours-après-moi-je-suis-caché » est commencée, puis, dès que je retourne à mon ordinateur, il vient me provoquer, je fais semblant de le caresser, il m'envoie des coups de patte, des morsures simulées avec beaucoup de joie... puis c'est l'heure de manger, puis c'est l'heure de suivre attentivement mon repas et d'y participer, voire si la tentation est grande, d'étirer une patte pour faire semblant de voler, puis, une fois repu, de me rejoindre sur le fauteuil où je me détends, se musser sur mes genoux et de s'endormir, dans un apaisement qui m'a fasciné dès le premier jour, où, ce petit chat que mon professeur de scénario avait sauvé, et qui lui donnait le biberon, se laissa prendre dans mes bras, s'apaisa soudain pour dormir sur mon bras, le museau fourré dans le creux de mon coude...
Alors, peut-être me signifie-t-il qu'il ne voit guère l'utilité de mon absence quotidienne et que la vraie, la véritable journée commence de ce moment ? Mon chat a de la sagesse. Que ne fait-il le journal ?
vendredi 11 novembre 2011
La bataille de Viombois : ou qu'est-ce qu'un héros ?
En 2007, un copain m'appelle pour un tournage « à l'arrache », sur la Résistance dans les Vosges, une histoire sur laquelle nous avions travaillé ensemble dix ans auparavant.
Entretemps, j'avais quitté Paris, intégré une société de télévision régionale en tant que cadreur. Je vous la fais courte : ma vie de cameraman était pour moi finie oubliée, et pour tout dire, elle me dégoûtait. Alors je lui ai dit non.
Le copain — il s'appelle Christophe Lagrange — me rappelle. Son producteur, Jean-Pierre Claude, avec qui j'avais eu une fâcherie à l'époque, lui avait dit : Il n'y a que Bernard qui saura te faire ça, Christophe insiste : Seulement trois jours. Il a une petite caméra, ça colle avec la fin de mes vacances... Trois jours pas plus !
Au retour, je discute avec Christophe, émettant des critiques : ça manque de témoignages de première main, il manque des historiens, les témoignages sont confus, il y a des faits à éclaircir, il faut enquêter, débroussailler, poser des questions différentes, dresser un plan de bataille : je lui propose un axe de scénario.
Un mois plus tard, Christophe me rappelle : il a trouvé des résistants, des femmes de résistants, des membres de commando anglais, obtenu l'accord de Marc Ferro... Il est d'accord pour mon axe de scénario. Je prends des vacances et je n'en parle à personne.
Ça fait quatre ans que je travaille : cameraman, intervieweur de complément, Christophe me laisse participer à son travail, amener mon grain de sel comme on dit, ce qui est exceptionnel pour un réalisateur, puis il me demande d'écrire des textes, en tant qu'écrivain.
De son côté, Christophe écrit, démarche, réalise, prépare, travaille, monte, mixe, un long travail solitaire, ardu, avec des gens qui ne comprennent pas que le film « n'avance pas ». Parfois il me demande un texte de toute urgence. L'année suivante, nous réalisons une nouvelle semaine de tournage, des dizaines de témoignages enregistrés, des heures de rushes, des textes à réécrire et de longues communications téléphoniques... Que c'est difficile et que c'est doux de travailler sur un film.
Un Noël, celui qui avait impulsé ce projet, Jean-Pierre Claude, décéde, il faut continuer sans lui, et avec lui... Le documentaire vient de sortir, il fait cinquante-deux minutes et il s'intitule :
... Ou comment des résistants, sans armes, sans expérience pour la plupart, lâchés par leur encadrement, riches de leur patriotisme, se sont battus contre deux mille soldats allemands et les ont fait reculer. La force de se battre.
jeudi 14 juillet 2011
Technologie libératrice, technologie perverse du Pouvoir
Je crois que je ne pourrai jamais me défaire du plaisir à me servir de technologies puissantes : me libérant, elles me permettent de créer. Ainsi, j'ai vécu deux métiers, ingénieur en informatique et cameraman : métiers de création, de libération du regard pour mieux exercer le travail de l'esprit.
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Pourtant mes conditions de travail, ici comme ailleurs, se dégradent. A marches forcées, ma direction m'impose un travail terne, et exige de moi répétitivité et obéissance : je n'ai pas changé, naïf, je ne peux m'empêcher d'aimer mes caméras, c'est ma faiblesse, eux c'est leur cynisme. Ma direction se sert de la technologie en vue d'asservir, de réduire, d'humilier et de ramener les hommes à des automates. Pour eux, la technologie, c'est le moyen de réduire, d'enchaîner et d'exclure. Leur vision de la technologie, c'est l'esclavage, c'est l'abrutissement d'autrui et au fond, c'est leur vision de la condition humaine.
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La technologie est comme un miroir qui révèle à autrui votre âme : l'âme de ma télévision serait donc de l'ordre de l'exclusion, de l'étroitesse d'esprit et du mépris. Et cette vision de la technologie comme perversité débouche naturellement sur un art du harcèlement moral.
mardi 22 mars 2011
Bouc émissaire : cameraman de la télévision nationale
Quand j'étais petit, cameraman, c'était le plus beau métier du monde.
Aujourd'hui, c'est ce que je suis devenu, je travaille à France 3.
Et là, on me demande dix fois par jour, ce que ça fait que d'être un fainéant.
Qu'importe la réalité, du moment que la plaisanterie est grasse,
Lourde, répétitive et qu'elle sert admirablement les intérêts de la direction.
Du fait de l'invention de caméras dites robotisées, notre métier a été vilipendé. Peu à peu, on nous a interdit de bouger les caméras, de changer de point de vue, et les mouvements. Puis on a vidé les plateaux : plus de livre, plus de médaille qu'on montre, de légumes qu'on apporte pour venter leurs qualités, de collectionneurs déballant leurs jouets pour qu'ils soient filmés, rien de tout ça, car, supposant une recherche, une qualité d'image, il est évident qu'une caméra robotisée est inapte à rendre ce service, et qu'il faut un opérateur pour faire une image vivante et originale. Donc on vide les plateaux pour les rendre sans intérêt.
Nos centres régionaux ont été affectés à des chefs sans imagination (sauf pour casser une grève, là, ils font preuve d'originalité) : pour faire des économies, on a interdit tout ce qui était original, puis on a figé les caméras, et une fois qu'elles ont été figées, on les a robotisées en argumentant que les opérateurs étaient inutiles. En tuant le chien, on a tué l'image, puis l'homme dont c'était la mission que de l'inventer et de la rendre belle.
« Le troisième millénaire est un bouillon de médiocrité promue au rang de dynamique d'entreprise. »
La modernité, depuis onze ans, c'est être empêché d'exercer notre métier, c'est de la répétitivité, de la fadeur, de l'ennui et comme par hasard, des audimats qui s'effondrent. Les anciens chefs de centre étaient ingénieurs, dévoués et modestes devant la compétence. Les chefs de centre modernes sont surtout imbus d'eux-mêmes : en robotisant une caméra, ils suppriment les cadreurs : de bouc émissaire, nous sommes devenus des non-hommes, des variables d'ajustement.
La modernité, depuis onze ans, c'est être empêché d'exercer notre métier, c'est de la répétitivité, de la fadeur, de l'ennui et comme par hasard, des audimats qui s'effondrent. Les anciens chefs de centre étaient ingénieurs, dévoués et modestes devant la compétence. Les chefs de centre modernes sont surtout imbus d'eux-mêmes : en robotisant une caméra, ils suppriment les cadreurs : de bouc émissaire, nous sommes devenus des non-hommes, des variables d'ajustement.
France Télévisions qui est par ailleurs un champion de ce qu'on appelle des « placards dorés », des gens dont on ne veut plus, mais qu'on promeut et qu'on paye très cher pour ne rien faire, quelques centaines de postes selon les estimations les plus raisonnables, sacrifient sur l'autel de la déshumanisation les cameraman qui lui ont tant donné... Injustice, humiliation et maintenant liquidation, la télévision de service public est devenu un bouillon d'inculture et d'injustice : vive la modernité ?
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