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jeudi 17 août 2017

Imparfait, ce subjonctif !

      D'une historiette remise en toute confiance,
      Un grand maître dont je ne citerai pas le blaze
      Me déclara sans ambage : « De votre phrase,
      Barrez, rayez sans autre procès ce subjonctif !
      De telles vieilleries, il vaut mieux être chiche.
      Cette conjugaison surannée est outrance,
      Elle perturbe et déséquilibre l'affectif
      D'une narration par ailleurs trop riche. »
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Hors, il se trouve que le soir, il m'arrive de lire et de fréquenter l'œuvre d'un maître plus jeune, mais décédé dans la fleur de l'âge, il s'agit de Roland C. Wagner,  dont j'apprécie le style et les récits. Cette année, l'Atalante a eu la délicieuse idée de rééditer : « Le Chant du Cosmos ». Or que lis-je page 270, à propos de Yeff, qui vient tout juste d'émerger de vingt années l'esprit coupé de ses émotions et pour tout dire, affecté de vivre sans affection ?
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      « Il fallait bien qu'il occupât ses journées 
         Et c'était une manière comme une autre
         de se prouver qu'il vivait toujours. », 
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Propos plein d'à-propos d'un écrivain que j'apprécie tant et plus et qui résume fort bien ma pensée :                                                                                               
                                                En confidence et confiance, j'eus apprécié que,
                                                De la vitupérante diva de renom,
                                                L'inspiration vînt visiter le front.
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mercredi 2 août 2017

Petites choses auxquelles on tient

D'aucuns le nomment de printemps, mais j'ai pris du retard cette année, et le mois d'Août peut être un printemps, celui de la rentrée qui se hâte sur ses grands compas, ses règles, ses dictionnaires encore vierges et ses projets fous qui ne se réalisent jamais, sauf, parfois, un, comme rescapé d'un naufrage.
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Bien qu'aimant les livres, de passion parfois fluide, parfois sombre, bien qu'ils animent mes soirées, mes insomnies et les aubes d'angoisse, je me dois d'avouer que ceux-là ont échappé à mes envies, depuis tant et tant d'années, qu'il me faut bien leur avouer mon impuissance. Parfois arrêtés au milieu, parfois à peine effleurés, toujours aimés, toujours délaissés, preuve d'inanité muette et de vanité. Il doit y avoir ce premier tome des Enfants du Capitaine Grant, jolie édition de poche, reliée et gravée à l'ancienne, qui a fait les délices de certaines nuits mais si j'ai couru dans les chapitres de l'Araucanie, j'ai peiné à traverser l'Argentine...
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La voici, cette Pile à Lire, objet de tant de deuils : celui-là, j'en ai envie, je le lirai, promis, juré ! Puisque que c'est mon désir... et puisque la légèreté est dans mon âme, il me faut bien un jour m'avouer la vanité de mes illusions, voici donc cinq années d'espoirs et de promesse réduites en une pile, un néant, une longue litanie d'espoirs bafoués, de regrets attendris et d'un soupçon d'une honte gaie...
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Mais que c'est difficile que de me séparer de vous... qu'allez-vous devenir ?

lundi 5 juin 2017

Accessit au concours Visions du Futur 2017

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Le concours Visions du Futur est une compétition de nouvelles de science-fiction organisée annuellement par l'association Présences d'Esprits, qui tenait hier son assemblée générale. À la fin de l'A.G., la présidente du jury, Sylvie Gagnère, a annoncé les résultats. Cette année, c'est pas moins de 116 nouvelles qui ont été présentées à Visions du Futur qui connaît un succès croissant. Les lauréats de cette année, deux premiers prix ex-aequo, s'appellent Andrea Deslacs et Sylwen Norden.
Je concourrais avec une nouvelle intitulée « La retraite d'Eugénie » qui a obtenu un accessit ! Tous les lauréats seront publiés dans le numéro 46 de la revue A.O.C. (Aventures Oniriques et Compagnie) à paraître cet automne.
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jeudi 1 juin 2017

Littérature ?? Littératures ?

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C'est toujours pour moi une expérience étrange que d'entendre des gens énoncer le mot Littérature et découvrir que le sens qu'ils lui donnent est une exclusion. C'est à dire qu'on passe d'un jardin extraordinaire à un jardin zen enserré de murs. 
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Pour celui qui l'énonce, ce mot s'accompagne d'un non-dit : pas cette littérature là, pas celle-là non plus, celle-ci à la poubelle, celle-ci est impure... C'est un peu comme si un  amateur de géographie prétendait que la Touraine était le seul Espace digne d'étude. Et que les Tourangeaux ne montent pas sur leurs chevaux : je ne suis pas sûr que ce serait les aimer que de prétendre que leur territoire est le Tout.
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Avoir aimé des auteurs du passé et les révérer à l'égal d'un prêtre d'un culte que personne ne leur a demandé d'assumer, passe encore ! Estimer que les œuvres du passé sont indépassables, que la littérature d'aujourd'hui ne peut se constituer que de plagiaires plus ou moins consciencieux, que le génie a déserté les Lettres et que la Littérature est morte... Conclusion logique : ces personnes sont les mêmes qui se plaignent de ce que leur Église — qu'ils ont si consciencieusement vidée — soit déserte...
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S'il ne s'agissait que de marginaux... Je connais un éditeur de poésie qui n'admet en poésie que les Rondeaux, les Rondels, les Triolets et les Quatrains et pour qui tout le reste n'est que « Décadence, escroquerie, vanité, stupre et même souvent : pornographie ». En tant qu'éditeur, c'est son argent et il le dépense comme il l'entend. Je n'ai rien à y redire. Sa définition de l'amour trouvera bien un jour une plume accordée à son désir, et c'est tout le mal que je lui souhaite.
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À vrai dire, c'est le plaisir des salons que de croiser des personnes de cet acabit, derrière un stand où ils se consacrent avec passion à leur manie et j'avoue leur vouer une sympathie sincère.
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J'ai toujours aimé les littératures de genre, littératures dites populaires.
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À noter que les littératures populaires pullulent des mêmes puristes — il faut bien dire le mot, mais je ne vois là nulle pureté, juste de la misère et de l'étroitesse d'esprit. Ils sont à l'œuvre, excluant de la littérature, toutes les autres, ainsi qu'une partie du corpus dont ils prétendent être les zélateurs. Qu'il est dur de poëter en société ! me dis-je parfois, un peu désabusé. Quant à organiser une manifestation rassemblant largement, je ne vous dis pas les dégâts qu'on commet en toute impunité et parfois avec l'argent public, les décideurs aiment ce genre de discours hautain, hélas.
Peut-être conviendrait-il de les regrouper, dans un salon de puristes en tous genres, et que chacun tienne une table à laquelle il exposera sa pureté d'un ton dédaigneux et sans concession au malheureux visiteur qui aurait eu le courage de passer la porte ? Ça aurait le mérite de la drôlerie. Une petite souris pourrait filmer leurs A.G. et les mettre en ligne...
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Parfois, cette posture, « leur » Littérature contre le reste de la France, s'accompagne d'un discours idéologique, de gauche de préférence, vouant aux Enfers les Libraires, les Éditeurs, et les « cyniques qui ne cherchent que profit ».
§
Sur le plan concret, en tant qu'écrivain, je souffre beaucoup dans ces manifestations boudées par les publics populaires, car les lecteurs savent — il est difficile de tromper un promeneur du dimanche qui ne déteste rien tant que gâcher son plaisir —, qu'il n'y aura là rien, mais RIEN de ce qu'ils aiment. Donc ils ne viennent pas, et mes livres, de science-fiction en ce qui me concerne, me restent sur les bras car aucun amateur de science-fiction n'accepte de se faire piéger dans une toile littéraire à leurs yeux sans plaisir. Même une auteur de Romance dans un salon littéraire m'a confessé la même déconvenue... Le plaisir du lecteur est après tout leur seul droit, mais trier les lecteurs à l'entrée d'un salon : Vous oui ! Vous non ??
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La littérature est-elle juste un programme idéologique ?
§
Donc littérature ? Il faut des auteurs, c'est vrai, mais tous les auteurs, les amateurs qui ne demandent qu'à participer à des ateliers, ceux qui veulent écrire l'histoire de leur village et tous les autres, poètes, nouvellistes, romanciers, page-turner, best-sellers, philosophe se piquant de lettres, « lettreurs » se piquant d'érotomanie, érotomane affirmant sa philosophie existentielle comme la seule possible... ; il faut aussi des éditeurs, des libraires, des associatifs luttant contre l'Illettrisme, promouvant la Francophonie, et d'autres défendant la littérature d'Afrique et des Antilles, et si vous y tenez absolument, des défenseurs des règles de grammaire de Vaugelas ou de l'orthographe selon Raymond Queneau (jeune !)...
§
UNE SEULE CONCLUSION : PAS DE SINGULIER, JUSTE DU PLURIEL, DES LITTÉRATURES !
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LA LITTÉRATURE, c'est le pouvoir, la tyrannie, l'idéologie : un désert que les nuages eux-mêmes préfèrent contourner...
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LES LITTÉRATURES, c'est la littérature générale, classique, à l'ancienne, moderne, du polar, de la science-fiction, de la fantaisy (en anglais svp), de la Dark Fantaisy, du fantastique, comme monsieur de Nerval ou comme monsieur King, de la Romance, de la Bit-Lit, de l'érotisme, de la poésie, du steampunk, de l'Imaginaire, de l'Impur et même de la Faribole, de l'Electro, de la Magie, de la Sword, de l'Espionnage, tout ce qui VOUS ET NOUS AMUSE pourvu que la langue y brille et coule comme un fleuve boueux, trouble et agité de remous.
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jeudi 4 juin 2015

Pierre-Jules Hetzel (portrait)


En décembre gris et pluvieux, je m'étais rendu avec un ami à la brocante des Boulevards, à Orléans, à ciel ouvert, hebdomadaire, où les Ali Babas d'Orléans — n'en déplaise à notre maire et ses séides — sont en quête de trésors. Un premier se bat pour une commode 1930, une autre est en chasse de montres anciennes, une troisième se passionne pour les assiettes de Gien. Mon copain et moi, c'est les livres qui nous attirent ici : science-fiction, polar, en général des éditions de poche, parfois reliées, mais les prises sont rares. Depuis peu, je regarde le contenu des livres plus anciens, en quête moi aussi de « trésor ».
 Nous avions fini notre tour, effectué nos achats, quand, au fond d'un plastique humide, je tombe sur un vieux volume depénaillé, couverture déchirée, dos arraché, auquel il manque visiblement une ou deux pages en titre. Sur la première page, je repère le titre : « Histoires de Jean-Marie Cabidoulin », avec une jolie gravure, et un auteur plus célèbre : Jules Verne. Vu l'état de décrépitude du volume, le marchand me le cède à un prix symbolique. L'intérieur me semblant  bon, je le confie à un relieur, qui lui redonne belle allure.
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 J'avais eu le temps, de le scanner et de découvrir le nom de cet ouvrage : « Magasin d'éducation et de Récréation », assemblage assez surprenant, puisqu'il s'agissait d'un magazine pour enfants, édité deux fois par mois. De numéro en numéro, la pagination se poursuivait de manière continue indiquant que l'ouvrage était fait pour être assemblé en fin de publication, relié, et lu d'une seule traite.
 Ce que j'avais entre les mains, constituait donc un semestre entier de la revue, qui comportait plusieurs feuilletons, plus de 380 pages, un livre entier, dont, en tout premier, un roman de Jules Verne dont c'était la première édition, abondamment illustrée de gravures noir-et-blanc magnifiques.
 J'avais entendu parler des éditions reliées des livres de Jules Verne, mais j'avoue qu'elles sont hors de ma portée, et, puis, par amour du livre et de la force avec laquelle le peuple tout entier s'est porté vers la littérature au XIXème siècle, je suis plus ému par une édition populaire, car il s'agit de celà, une édition à bon marché, en petits fascicules que le possesseur pouvait relier chaque semestre et qui lui permettait de posséder des romans complets, illustrés et à un prix modéré : le Magasin d'Education et de Récréation est la première publication, fondée par l'éditeur Pierre-Jules Hetzel, c'est par cette revue, qu'il a fait travailler le jeune Jules Verne et où ont été publiées les toutes premières versions de ses romans.
Pierre-Jules HETZEL est la personne la plus souvent nommée, on dit couramment dans le milieu des collectionneurs et des brocanteurs, un Hetzel, mot redouté puisqu'il fait tout de suite monter la cote.

Mais qui était-il ? Je découvre sur sa fiche Wikipedia qu'il écrivait sous le pseudonyme de P.-J. Stahl. Ses portraits sont rares, et c'est un peu le but de cet article, car ce matin, j'ai reçu un volume du Magasin d'Éducation et de Récréation, numéro 44, publié en 1886... où est annoncé le décès le 17 mars 1886 de Pierre-Jules Hetzel. L'édition s'ouvre avec un magnifique portrait gravé du vieil homme, qui travailla dans la discrétion à une œuvre formidable qui a amené tout un peuple vers la lecture, l'image, le merveilleux et le goût de la modernité... 
(Pierre-Jules Hetzel décédé le 17 mars 1886)
La situation est assez rare, mais je viens de trouver ce matin, dans un autre Magasin d'Education et de Récréation, un autre portrait de P.-J. Hetzel, le numéro 49 du premier semestre de 1889, où un cahier spécial est dédié à la mémoire du grand éditeur (et auteur sous le pseudonyme de P.-J. Stahl) réalisé par le peintre Meissonier.
(L'image est gravée d'après une œuvre en couleur du peintre : Meissonier, 1879)
et un troisième, daté de 1840 par le peintre Charles Gleyre

  

vendredi 20 février 2015

Le Réchauffement climatique et après (chronique de JP Andrevon)

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Une nouvelle chronique dans l'Ecran Fantastique de février 2015, signée Jean-Pierre Andrevon, qui nomme LIVRE DU MOIS l'anthologie réunie par Yann Quero : 
« Le Réchauffement climatique et après »
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(cliquez sur l'image pour lire la chronique
ou achetez l'Ecran Fantastique de février 2015 !)
Rappel : cette anthologie, que vous regrettez déjà de ne pas avoir encore lu vous donnera accès aux nouvelles suivantes :
Fabien Clavel, « Regarde les éoliennes »
Jean-Marc Sire, « Baignés par la lumière éblouissante des lendemains qui scintillent » 
Yann Quero, « Neige tropicale »
Djane Grivault, « Il est temps mon ange »
Sophie Fedy, « La dernière reine »
Pierre-Antoine Brossaud, « 2073, l'année de la Pluie »
Sylvain Lamur, « Ernest »
Bernard Henninger, « Mon cœur pleure Léda »
Cyril Amouette, « La guerre des arbres »
Stéphane Dovert « La flamme déclinante du Shratonprincess »
Anthony Boulanger, « L'avènement des Dryades »
Arnauld Pontier, « L'homme de sable »
Laurent Pendarias, « Klimat Yuga »
Sébastien Parisot, « De terre et de sang »
Et, par exemple, vous pouvez la commander à votre libraire, ou en boutique internet.

jeudi 22 janvier 2015

Revue SOLARIS, No 193

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Ce matin dans ma boite à lettres, j'ai trouvé SOLARIS numéro 193ème du nom, avec une couverture de Tomislav Tikulin. En page 27, vous trouverez une nouvelle intitulée :
Cargo Zhuang Zhi
dont je suis l'auteur. C'est curieux, la nouvelle donne souvent plus de travail qu'un roman. Comme j'aime la nouvelle, j'avoue que j'y porte une attention plus... soutenue. L'écriture est plus exigeante, car il s'agit de suggérer l'immensité, ou le poids d'une vie, ou la répétition de l'humiliation avec intensité, et un nombre restreint de mots... les réécritures sont si nombreuses qu'on cesse de les numéroter.
 Puis, une fois que la nouvelle a été retenue, ici la revue Solaris qui lui a trouvé de l'intérêt — entre dans l'arène des mots le correcteur. Ce correcteur fut une correctrice, Elisabeth Vonarburg, qu'on ne présente plus, et elle fut plus exigeante qu'un directeur de collection ! Qu'elle en soit remerciée. Et un grand coup de chapeau à Joël Champetier et à ses interventions aussi apaisantes qu'élégantes. Quant à l'histoire... il s'agit d'un cargo qui ravitaille de prestigieuses missions spatiales, et le cargo, outre un précieux ravitaillement apporte aux « Héros de l'espace », un peu méprisants, et immensément frustrés, un équipage d'experts et expertes du sexe et de ses joies nécessaires...
Illustration : Laurine Spehner
Remerciements particuliers à Elisabeth Vonarburg, Pascale Raud et à Joël Champetier pour leur soutien et leur constance !

dimanche 14 décembre 2014

Discours d'Ursula K. LE GUIN à la National Book Foundation

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Le "National Book Foundation" a remis en 2014 une médaille à Ursula K. LE GUIN pour l'ensemble de son œuvre. À cette occasion, elle a tenu un discours à la fois fort et empreint de poésie que je vous livre ici, en anglais, et là,

en français :
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« À ceux qui m’ont donné cette belle récompense, mes remerciements du fond du cœur. Ma famille, mes agents, mes éditeurs savent que la raison de ma présence parmi vous tient aussi bien à eux qu’à moi-même, et que cette belle récompense est beaucoup plus leur récompense que la mienne. Et, en l’acceptant, je me réjouis de la partager avec ceux-là, écrivains exclus de la littérature depuis si longtemps — mes amis auteurs de Fantaisy et de Science-Fiction, écrivains de l’imaginaire qui, depuis cinquante ans, voient les plus belles récompenses aller vers les tenants d’un prétendu réalisme.
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Des temps difficiles s’annoncent alors même que nous en étions à espérer les écrivains qui penseront des alternatives à ce que nous vivons, qui percevront un au-delà à notre société repliée sur elle-même et sur ses technologies obsédantes, qui verront des voies de développement de l’être et qui imagineront des raisons réalistes d’espérer. Nous aurons la nécessite d’écrivains qui se souviennent de la force de la liberté — celle des poètes et des visionnaires —, celle des réalistes d'une réalité plus vaste.
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Nous avons besoin hic et nunc d’écrivains capables de séparer la production suivant les diktats du marché et la pratique d’un art. Développer les conditions matérielles de l’écriture, en vue de poursuivre une stratégie de vente, afin de maximiser les profits d’une entreprise et les revenus, n’est pas la même chose qu’être un éditeur responsable de ce qu’il édite ou un auteur développant une œuvre.
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Là, je vois le service des ventes perdre le contrôle au profit d’autres objectifs éditoriaux. Je vois mes propres éditeurs, saisis par une panique idiote, ignorance ou avidité ?, facturer à des bibliothèques un livre électronique six ou sept fois le prix qu’ils le facturent à un client. Nous avons vu un profiteur tenter de punir un publicitaire désobéissant, et des écrivains effrayés par une fatwah d’entreprise. Et je vois beaucoup d’entre nous, les producteurs, ceux qui écrivent les livres, qui les font vivre, accepter que des profiteurs, qui nous vendent de la même manière qu’ils vendent du déodorant, nous disent quoi publier et quoi écrire.
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Les livres ne sont ni des matières brutes, ni des marchandises ; les motivations du profit sont souvent en conflit avec les buts de l’art. Nous vivons sous le règne du capitalisme, son pouvoir semble tel qu’il tente de faire accroire qu’il est impossible de lui échapper, mais c’était ce que prétendaient les rois de droit divin. Tout pouvoir humain peut rencontrer une résistance, et être changé par des êtres humains. Résistance et changement commencent souvent par l’art. Le changement s'est souvent incarné dans notre art, l’art des mots.

J’ai eu une longue carrière en tant qu’écrivain : une belle et bonne vie, et en bonne compagnie. Ici, à la fin de celle-ci, je ne veux pas voir la littérature américaine trahie. Nous, qui vivons de l’écriture, de sa publication, voulons et devrions demander le partage équitable des profits ; mais le nom de notre belle récompense n’est pas le profit. Son nom est liberté. »

dimanche 7 décembre 2014

Connaissez-vous la revue « Fiction ?

En grande difficulté depuis quelques temps, la revue « FICTION » éditée par les « Moutons électriques » est menacée de disparition. En France, la Science-Fiction est indissociable de ces revues, comme Galaxies, Bifrost, Fiction bien sûr, et une mention toute particulière à A.O.C., Aventures Oniriques et Compagnie, qui publie surtout des auteurs français. Mais il n'est pas de revue qui ne soit pas nécessaire, à ce micro-milieu littéraire que représente les littératures de l'Imaginaire, sans oublier bien sûr, nos amis canadiens de SOLARIS
Ce dimanche, je relaie donc l'appel à soutien émis par la revue FICTION, qui bénéficie du soutien de trois maisons d'édition, et qui, pour compléter son tour de table, fait appel au Financement participatif (Crowfunding) par l'intermédiaire d'Ulule :
SI VOUS DÉSIREZ SOUTENIR, 
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( À l'heure où j'écris ces lignes, dimanche 7 décembre 2014, 9h00), 4000 € ont été collectés sur les 5000 € nécessaires.)


vendredi 5 décembre 2014

Trous de ver Fiction <-> Réalité

Mentir-vrai versus Parler-faux
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La fiction, c'est le mentir, une construction imaginaire, qui prétend raconter... des événements tirés de l’imagination et dont l’intérêt est multiple : détente — nous aimons les histoires —, et réflexion : l’histoire racontée est une matière à méditer pour notre compte, et elle nous suggère de comparer son apparente fausseté aux mensonges de notre vie et il arrive qu'elle ouvre une voie inédite, un « Trou de ver », de la fiction vers la réalité à un problème personnel persistant. Le moment de détente, que je consacre à lire une histoire est donc une fonction psychologique ressourçante, libératrice, tout comme, lorsque nous sommes stressés, harcelés, le sommeil est essentiel. D'ailleurs, l'association des conseils de la nuit et des histoires lues avant de s’endormir sont des amis dont les conseils éclairent nos jours.
Mais il n'y a pas que des histoires à la vérité enrichissante. Des tas d’histoires nous laissent froids, distants, non concernés : les ingrédients, l'habileté de l'écrivain sont indéniables, l'ennui aussi. Et puis il y a aussi les mythes, les mythes des mythomanes, qui tentent à nous faire accroire des mensonges et dont il faut savoir se méfier : dès que quelqu'un me parle de la lutte du Bien contre le Mal, par exemple... Quel Bien ? Quel Mal ? S'agit-il du Bien de ceux qui se posent comme pensant à ma place, de ceux qui me donnent des ordres ? Le mal, est-ce ceux là qui osent dire que nos maîtres sont des humains égoïstes, tyranniques et vindicatifs ? Difficile de ne pas y croire dans la réalité et de raffoler de ces récits là... qui nous entraînent souvent dans des impasses, des histoires qui prétendent endormir la douleur et qui ne nous aident en rien à évoluer.
Au fond, si je m'obstine à les compter dans ma bibliothèque, leur nombre même est une tyrannie, une frayeur, et beaucoup d’écrivains ne semblent rien tant désirer que de raconter des choses qui n’arrivent pas, et la littérature peut sembler un travail de sympathique escroquerie (d'ailleurs, un bon escroc est par définition sympathique), d’affabulateur, et aussi l’œuvre de personnes visant rien moins qu’à dominer ceux qui les lisent : on retrouve ainsi, côte à côte, des prêtres célèbres, tels Ron Hubbard1, Claude Vorilhon2, des auteurs à succès et des maîtres à penser de... réseau social. (c'est fou le nombre de maîtres à penser, sur la toile).
Enfin, il y a le mentir-vrai, l'expression fut inventée par Aragon :
           Marguerite Marie et Madeleine
           Il faut bien que les sœurs aillent par trois
           Aux vitres j'écris quand il fait bien froid
           Avec un doigt leur nom dans mon haleine... (3)
 c'est à dire une construction mensongère, qui devient intéressante dès lors qu'elle s'efforce de traquer, sous l'apparence d'une mélodie « toute simple »... un bout de vérité, de vrai : la fiction permet alors, moyennant une certaine rigueur, de raconter des événements contemporains, parfois actuels, parfois autobiographiques, parfois historiques... l'aspect imaginaire et le recours à une symbolique manifeste permettent de faire accepter ce qui serait autrement considéré comme inacceptable. Ces histoires-là, deviennent alors sources de réflexion pour les lecteurs, littérature d’apprentissage, d’élévation et de découverte de soi, d’autrui, du monde...
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 Exemple relativement cocasse si l'on songe que, dans une affaire traitant d'un sujet d'actualité, la difficulté consiste souvent à nommer de manière allusive un nom réel. La série Les hommes de l'ombre, diffusée sur France 2 en octobre 2014 évoque les coups tordus des cabinets de communication qui œuvrent dans l'ombre des grands de ce monde. Or nous avons une actualité, avec le cabinet de com’ Bygmalion dont le nom est une allusion à Pygmalion, le sculpteur mythique qui donna vie à une statue d'ivoire. Dans la fiction, la réalité ayant choisi d'être allusive, les auteurs ont donc pu substituer Bygmalion par Pygmalion !
 Comme nous ne vivons pas dans un monde idéal, encore faut-il que l'auteur ait le désir de raconter sincèrement et véritablement les événements dont il est parfois le témoin, parfois l'historien, à charge pour lui de traiter équitablement les parties en cause et de ne pas confondre la vérité avec cette purge qui consiste à réaliser un exposé non corrigé d'opinions personnelles. Moyennant précaution, la fiction est alors une manière de parler de la vérité et du monde. La vérité du mentir y gagne une force brûlante, car elle permet d'évoquer sans fard, et sans détour, sous le masque de ce vrai-mentir, les vérités qu'un journaliste ne peut pas dire !
 Bien sûr, il faut savoir jeter aux orties un Dumas enfumeur, et se réveiller avec Dickens et Stendahl. Ou, dans le cas d'une œuvre multisémique comme le Seigneur des anneaux, faire le tri entre les élucubrations de ceux qui se donnent des manières d'elfe, (et qui me font peur, rien de pire qu'un humain qui se prétend angélique) et, par exemple, son rapport avec la vérité historique contemporaine... qui donne l'ampleur, et la noirceur, de cet Anneau.
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 À l'opposé, un des fondements de la vie moderne, en matière de loisir, est l'information, représentée par les journaux, les chaînes de télévision, et depuis peu, les sites d'information.
Par définition, l'information consiste à nous donner des nouvelles réelles du monde : réelles, donc vraies. La presse proclame en permanence son souci de la déontologie, la nécessité de la protection de ses sources, le croisement des informations pour trier le vrai du faux et elle est exposée aux nombreux procès qui lui sont intentés pour diffamation, affirmations fausses, mensongères... et comme sa renommée, et ses ventes, reposent sur la vérité de ce qui est affirmé, un soin tout particulier est mis dans la justesse de ce qui y est dit.
 Quand il s'agit de donner le résultat d'un match de tennis, pas de souci. Quand il s'agit de révéler la face intime d'un homme politique, une malversation, un financement sulfureux, l'achat de votes à la veille d'une élection ou des fonds qui arrivent enveloppés dans du papier journal et qui sont échangés dans un bar des Champs-Elysées, l'affaire se complique singulièrement. 
 La stratégie des accusés pour semer le trouble, tient justement dans le développement d'une stratégie de communication, dont la plus connue, venue d'outre-Atlantique, s'appelle le Story Telling qui consiste à remplacer l'information, brute et froide, par :
  • une histoire, fondée sur l'émotion (brouiller les pistes avec une émotion qui trouble le fait)
  • une histoire, parce que structure fondamentale, qui capte l'attention, il y a un plaisir à entendre et à lire une histoire, bien supérieur à l'écoute de l'énoncé de faits bruts.
  • une stratégie qui consiste à dérouler cette Histoire racontée à l'infini, de façon à remplir l'espace de l'information et brouiller les messages d'autrui.
 Le but unique de ces méthodes consiste à jeter un voile de fumée, brouiller l'histoire vraie, en racontant une autre histoire, vraisemblable, à l'apparence vertueuse, qui jette le discrédit sur la Vérité.
 En matière historique, le recul reste souvent la seule méthode fiable, et la mort des protagonistes, le principal remède à ces stratégies du mensonge, ainsi que l'ouverture des archives... qui peuvent prendre, dans le cas des décimations commises par l’état-major français en 14-18, plus de soixante-dix ans. Lors de la seconde guerre mondiale, la vérité du massacre de Katyn, n’a été définitivement établie qu’après la chute de l'U.R.S.S. Ce qui signifie que la moindre parcelle de vérité, telle une molécule d'eau cheminant à travers divers couches géologiques qui la purifient tout en la chargeant de molécules rares peut prendre beaucoup de temps, et que nous ne saurons, au mieux, certaine vérité qu'à la veille de notre mort.
 D'où le paradoxe, qui n'est qu'apparent, que la presse qui s'est spécialisée dans la propagation d'événements vrais, se retrouve le plus souvent contrainte d'énoncer — sans pouvoir la commenter, par déontologie — un « Racontoire » aussi beau que mensonger (que l'on songe, par exemple, à ce fabricant d'OGM qui proposait d'implanter en plein champ, une plante fournissant un médicament. La culture aurait fourni plusieurs centaines de kilos du produit biologique recherché, alors que quelques centaines de grammes suffisaient à traiter l'ensemble des malades) : souvent, nous n'aurons jamais accès, malgré une attente très longue, à l'inavouable vérité.
 Ainsi la technique du Racontoire se transforme en stratégie du parler-faux qui se heurte de plein fouet au mentir-vrai des auteurs de fiction riche, fécond et nécessaire.
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 Dans notre monde, l'apparence prime, et notre entourage bruit de ces multiples histoires, rumeurs, propos rapportés sans vérification, diffamation, fècebouconneries qui mélangent approximations et omissions : le besoin de tout mettre en scène est devenue une maladie où le racontoire et le parler-faux envahissent tout (Non mais allô quoi... je te tue, avec ou sans poignard ?). 
 Que faire dans ce climat régressif ? Refuser de prétendre dire LA vérité, et affirmer Mentir, mais avec la force de la vérité, serait un idéal, et une sorte d'acte de Résistance.
Références :
1. Ron Hubbard : à la fois auteur de SF et cofondateur de l'église de scientologie
2. Claude Vorilhon, auteur d'un livre sur une rencontre du troisième type dans le parc des volcans d'Auvergne (si c'est pas de la SF, ça...) et fondateur de la secte Raël
3. Marguerite Marie et Madeleine, Le Roman inachevé (1956)

jeudi 30 octobre 2014

Le Réchauffement climatique et après

Parution aux éditions Arkuiris de l'anthologie :
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Consacrée aux conséquences du réchauffement climatique, l'anthologie comprend quinze nouvelles, dont la mienne : « Mon cœur pleure Léda », avec une préface de Jean-Pierre FONTANA, et des illustrations de Lara BLOY.
Parution officielle : le 12 novembre, 
Si votre libraire ne la propose pas spontanément en rayon, n'hésitez pas à la lui commander... Les anthologies ont besoin de vous !

jeudi 26 juin 2014

L'Auteur et l'arithmétique

 Quand mon livre est sorti en février, j'ai reçu une pluie violente de critiques, provenant notamment d'un auteur publié chez le même éditeur qui me jeta à la face, avec la vigueur d'un crachat haineux, cette phrase :
« Ton livre a été publié avec nos dettes ! »
:-((
 Autant l'avouer tout de suite, je suis une personne qui aime  avoir une attitude morale, ce n'est pas à la mode, mais je fais ce que je peux avec mon éducation. 
 D'autres se sont empressés de relayer cet avis, qui ne me semblait pas marqué au coin du bon sens, mais qui a fait fureur, car certains auteurs se comportent comme de véritables chefs de bande : les avis se sont  rangés à cette opinion... tranchée.
Mettons cette affirmation à l'épreuve d'un calcul simple :
  1. Hypothèse : l'auteur a eu un livre édité chez le même éditeur. Mettons, pour simplifier, qu'il touche 8% de droit sur un livre à 15 euro : donc il touchera 0,08 * 15,00 € = 1,20 € par livre vendu.
  2.  Cet auteur n'a jamais touché de droit, d'où son courroux : l'éditeur s'est enrichi avec ses droits.
  3. Hypothèse réaliste : le trou de trésorerie de l'éditeur a atteint un plafond de 150 000 €. Si l'auteur a raison, cela veut dire que le trou de trésorerie de l'éditeur représente les droits d'auteurs impayés.
REMARQUE ANECDOTIQUE : Quand l'auteur me dit qu'un livre a été publié avec des droits impayés, il suppose donc que l'éditeur a vendu  : 150 000 € / 1,20 € = 125 000 exemplaires de son livre !! Mais, dans ce cas, l'éditeur aurait encaissé : 15,00 € - TVA - droits d'auteur = environ 13,00 €  par livre,
soit un chiffre d'affaires net : 125 000 exemplaires * 13,00 € = 1 625 000 euro, presque deux millions d'euros, et l'éditeur devrait avoir une santé florissante.
Admettons que l'auteur ne calcule pas très très bien, (ou qu'il se contente d'affirmation à l'emporte-pièces) et que ce trou de trésorerie représente l'ensemble des droits de tous les auteurs qui se sont vendus.
Avec les mêmes valeurs, on arrive à 150 000 € de droits d'auteurs impayés, et le même chiffre d'affaires net D'UN MILLION 625 000 €. Cet éditeur est donc très riche.
Or, il a un trou de 150 000 €, et la banque ne veut plus honorer ses chèques, d'où contradiction, d'où démonstration par l'absurde. CQFD, comme on disait de mon temps.
BILAN : l'éditeur a eu une politique de l'offre ambitieuse, mais la demande n'est pas venue compenser la dépense : tant que l'éditeur ne gagne pas d'argent, les auteurs restent pauvres. Nous avons surtout besoin d'éditeurs... florissants.
*
MORALE : Récemment de passage chez nous, Catherine Pancol faisait remarquer qu'elle pensait : « que mon premier livre se vendrait à 3000 exemplaires mais qu'il s'est vendu en réalité à 300 000 exemplaires... Là, pour moi, on est entré de plain-pied dans la science-fiction, et d'ajouter : « Vous savez, pour être écrivain, on n'a même pas besoin d'être intelligent. ». Quelle modestie !
Je ne sais pas pour vous, mais j'ai très envie de lire l'œuvre de Catherine Pancol.
:-))))

mercredi 4 juin 2014

À propos de prophète et de monture

Je succombe légèrement sous les prophètes qui, tels des vers exterminateurs, sortent de terre après la catastrophe, et, à leurs:
— On te l'avait bien dit. Je me dis :
— Mais quand l'ont-ils dit ? Il y a deux ans ? Au moment où leur prophétie eût été d'un quelconque secours et quand j'errais sur les chemins dans ma quête ?
Me revient alors, puisque ce sont prophètes de lettres, ce joli proverbe :
-
« À cheval donné on ne regarde pas les dents »

jeudi 17 octobre 2013

Une professeur de dessin, souvenir

 Il y a des périodes dont on ne voit pas le bout... Ainsi, lors de mon entrée en classe de troisième, la surprise vint d'une nouvelle professeur de dessin qui manifesta son intention de faire cours... Un cours pendant l'heure de dessin ? Un vrai cours ? Pas question : le dessin, c'était ma pause, l'heure de détente sacrée, j'avais renoncé depuis longtemps à m'attribuer le moindre mérite en la matière : mauvais j'étais. Et quand tout le monde jalouse vos bonnes notes, par ailleurs, la paix n'a pas de prix ! 
 Moi, le dessin, j'y avais renoncé depuis longtemps, c'est l'heure où je m'asseyais à côté d'une amie dont j'aurais bien aimé recevoir plus, mais c'était une amie, donc précieuse et rare, à échanger les ragots et les pipotins, une façon agréable d'oublier le reste. L'ancienne prof nous donnait un thème... libre à nous de faire n'importe quoi et on ne se gênait pas...
 La nouvelle professeur nous a aiguillés sur l'Art Moderne, fait parler les uns et les autres, et entrepris de nous convaincre que notre manque d'appétance pour l'Art Moderne provenait de notre manque de connaissance. Elle demanda aux gens de se juger eux-mêmes, je répondis à l'ultime et dernière question : « Qui se juge très mauvais en dessin ? », en levant le doigt, autant par provocation — faire rire — que par regret, j'aime les images.
 Et pourtant, elle fit cours. Elle organisa des projections de diapositives pour nous raconter l'œuvre de Picasso et comment il vint petit à petit au cubisme. J'ai adoré ça (mais comme je m'étais piégé dans une image de cancre, difficile de l'avouer).
 Le jour des Déportés, on nous emmena voir « Nuit et brouillard », et nous apprîmes que le cours de dessin avait été programmé juste après. Le thème : « Dessinez un cauchemar, l'horreur, la terreur... Sujet libre ». Et le sujet vint, très vite ; tout le monde se mit au travail. Avec elle, c'était difficile de résister. Elle ne brisait personne, jamais un éclat, jamais une de ces méchancetés gratuites qu'affectionnent certains.
 Avec elle, on pouvait ne rien faire, mais c'était très dur de résister. Elle passait dans les rangs voir notre travail, parfois elle prenait le crayon et suggérait une AUTRE manière de le tenir, pour obtenir le trait désiré, indiquait une piste. Je me souviens qu'elle m'a montré comment me servir d'une gomme, pour réaliser des traînées noires... Sa présence était assez forte pour nous encourager à poursuivre. Pendant les séances du dessin « cauchemar », elle avait accroché au tableau une très belle représentation de Guernica :
 C'est la seule fois où je me suis levé un matin chez moi et que j'ai travaillé le dessin commencé des jours plus tôt. Pour elle, je travaillais, et son regard sans complaisance, mais bienveillant, me soutenait. Les notes étaient attribuées en commun : on accrochait nos dessins au tableau, et on donnait collectivement les notes, ça m'est arrivé de voir un de mes dessins réévalué parce que défendu par une élève...
Par une absence de hasard lapsussesque, je l'ai encore dans mes papiers. Le voici, pas de quoi se pâmer, surtout pas, mais quand on se pique de création, il est bon d'avoir trouvé des personnes capables de vous aider à vous libérer de soi-même, et d'être capable de se lancer dans l'image avec le même cœur que dans un écrit, sachant que l'un et l'autre gagnent à être mis en œuvre ensemble : les histoires ont besoin d'images, et les images ont besoin qu'on leur écrive des histoires...
 Parfois, je repense à cette époque, et je me demande pourquoi je n'ai pas sombré. Je me souviens à peine de son nom, madame Rohmer, peut-être... Et cette professeur, avec qui je n'ai eu que de rudes, timides et maladroits échanges, suscite en moi de l'admiration : quelle liberté elle m'a donné.