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jeudi 31 janvier 2013

Défense de la langue (Joachim du Bellay)

Ce que disait Du Bellay, à une époque où le français n'était qu'un langage vulgaire :
A ce propos, je ne puis assez blâmer la sotte arrogance et témérité d'aucuns de notre nation, qui, n'étant rien moins que grecs ou latins, déprisent et rejettent d'un sourcil plus que stoïque toutes choses écrites en français : et ne me puis assez émerveiller de l'étrange opinion d'aucuns savants, qui pensent que notre vulgaire soit incapable de toutes bonnes lettres et érudition : comme si une invention pour le langage seulement devait être jugée bonne ou mauvaise [... ] ... non que je me sente plus clairvoyant en cela, ou autres choses qu'ils ne sont, mais pour ce que l'affection qu'ils portent aux langues étrangères ne permet qu'ils veuillent faire sain et entier jugement de leur vulgaire... (Défense et illustration de la langue françoise) 
*
 Remplacer le latin et le grec, par l'anglais et l'américain est un exercice amusant, bien qu'il s'agisse là plutôt de s'enivrer non pas avec la nostalgie du passé mais avec le parfum entêtant de nos envahisseurs préférés : What did you say ?
 *
 A Paris, dans les salons, littéraire ou automobile, le français semble banal  : « Je t'aîme » disait Arletty, c'est nul, alors que « I love you », ça semble plus profond... Souvent, j'entends des chanteurs, dont le français est la langue maternelle expliquer au micro qu'ils préfèrent écrire leurs chansons en anglais parce que « Ça sonne vrai », et si je les écoute attentivement — pendant l'interview —, je me demande alors pourquoi ils n'essayent pas d'approfondir leur propre langue qu'ils n'ont au moins pas l'illusion de maîtriser.


dimanche 18 mars 2012

Heureux qui comme Ulysse...

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et de raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
.
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
.
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,
.
Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin, la douceur angevine.
     Joachim du Bellay 
     (1522-1560)
Il existe une libre adaptation de Brassens que je trouve recommandable.