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mardi 10 août 2021

Souvenirs de la maison des fous de Paul Eluard (2)


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                              Petite et belle elle peut vivre sans miroir

                              Petite et belle elle peut vivre sans espoir


                              Les longs charrois de nuit et l'aube à petit feu

                              Ont dégradé son corps ont dévasté son cœur


                              Vivre toujours peut-être et patient je regarde

                              Le jour pâle épouser sans plaisir ses yeux vagues

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Paul Eluard, dessin de Gérard VULLIAMY

(éditions Vrille, 1945, trouvé à la brocante d'Orléans, un peu abîmé par le temps, mais avec cinq dessins & poèmes superbes)

dimanche 14 octobre 2018

Le mouvement du soir (Paul Éluard)

© Edition Seghers
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     Petit feu d'occasion miroir
     Abeille et plume détachée
     Loin de la gerbe des rues
     Des familles des retraites
               -
     Devant tes yeux petit feu
     Qui soulève tes paupières
     Et qui passe et qui s'en va
     Dans le soir limpide et frais
               -
     Vers d'autres yeux tout pareils
     De plus en plus assombris
     De plus en plus achevés
     De moins en moins existants
               -
Quand je lis du Paul Éluard, j'ai une sensation très voisine de celle que je ressens devant une œuvre de Matisse : une trompeuse simplicité, et une lumineuse obscurité, ça chante, ça vibre et pourtant je me sens incapable d'en traduire un bout de sens. Et ils sont d'une ingénue nécessité...
Tiens un bonus, le suivant :
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MÊME QUAND NOUS DORMONS
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     Même quand nous dormons nous veillons l'un sur l'autre
     Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d'un lac
     Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours.
     Un jour après un jour une nuit après nous.
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Ces deux poèmes sont issus du recueil le « Dur désir de durer »(1946), « Le temps déborde » (1947) et dont j'ai en main une réédition par Seghers de 1960.
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© Le Rêve (Henri Matisse)

samedi 19 décembre 2015

NE PLUS PARTAGER (Paul Eluard, Capitale de la douleur)

En ces temps troublés, la mémoire, la poésie : culture de Résistance :
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Au soir de la folie, nu et clair,
L'espace entre les choses a la forme de mes paroles
La forme des paroles d'un inconnu,
D'un vagabond qui dénoue la ceinture de sa gorge
Et qui prend les échos au lasso.
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Entre des arbres et des barrières,
Entre des murs et des mâchoires,
Entre ce grand oiseau tremblant
Et la colline qui l'accable,
L'espace a la forme de mes regards.
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Mes yeux sont inutiles,
Le règne de la poussière est fini,
La chevelure de la route a mis son manteau rigide,
Elle ne fuit plus, je ne bouge plus,
Tous les ponts sont coupés, le ciel n'y passera plus
Je peux bien n'y plus voir.
La monde se détache de mon univers
Et, tout au sommet des batailles,
Quand la saison du sang se fane dans mon cerveau,
Je distingue le jour de cette clarté d'homme
Qui est la mienne,
Je distingue le vertige de la liberté,
La mort de l'ivresse,
Le sommeil du rêve,
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O reflets sur moi-même ! ô mes reflets sanglants !
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                                   Paul Éluard (Capitale de la douleur)

LA PAROLE (Capitale de la douleur) (Paul Eluard)

En ces temps troublés, la mémoire, la poésie : culture de Résistance :
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     J'ai la beauté facile et c'est heureux
             Je glisse sur le toit des vents
             Je glisse sur le toit des mers
             Je suis devenue sentimentale
           Je ne connais plus le conducteur
         Je ne bouge plus soie sur les glaces
             Je suis malade fleurs et cailloux
             J'aime le plus chinois aux nues
       J'aime la plus nue aux écarts d'oiseau
          Je suis vieille mais ici je suis belle
     Et l'ombre qui descend des fenêtres profondes

     Épargne chaque soir le cœur noir des mes yeux.
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Paul Éluard (Capitale de la douleur)

dimanche 22 avril 2012

La terre est bleue comme une orange

La  terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
A la croire toute nue.
.
Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté


Paul Eluard (1895-1952)
« Capitale de la douleur » (1926)
Ci-dessus, Anna Karina dans Alphaville
de Jean-Luc Godard,
Ci-contre, Nusch, par Man Ray.