Pouvez-vous nous dire un mot de votre parcours ?
Depuis très jeune, j’ai toujours été un grand lecteur. De grands classiques bien sûr (Hugo, Zola, Tolstoï…), mais aussi de l’imaginaire avec notamment les Conquérants de l’impossible de Philippe Ebly, qui paraissaient dans la bibliothèque verte. Un jour, un copain m’a conseillé de lire Le Seigneur des Anneaux et ce livre à tout changé. Je me suis alors plongé dans l’univers SFFF avec les classiques du genre (Howard, Moorcock, Asimov, Herbert…) et je n’ai plus arrêté. J’ai écrit quelques petites histoires à cette époque, mais, très vite, j’ai laissé tomber. C’est dans ma quarantaine que je me suis lancé dans l’écriture.
Dans quelles circonstances avez-vous ressenti l’envie de mettre par écrit ? Et qu’avez-vous écrit en premier : des blagues, des histoires ?
En 2009, je me suis créé un blog comme beaucoup de gens à l’époque. Je voulais raconter le quotidien d’un aventurier sur un ton plutôt léger, mais aussi des blagues, des fausses pubs, des faux dictons. Je me suis retrouvé dans une petite communauté de blogueurs partageant les mêmes gouts. Une bonne ambiance de création positive. Certains, comme Magali Villeneuve, sont devenus célèbres.
Quand avez-vous découvert les jeux du type Donjons & Dragons (D&D) ? En tant que joueur, êtes-vous devenu maître et, si oui, comment s’est passé de ce glissement du statut d’apprenti à celui de créateur ?
Au lycée, un ami nous a initiés à D&D qui venait de sortir aux U.SA. D’ailleurs, au début, on jouait en VO ! On s’amusait beaucoup et on a aussi pas mal joué à l’Appel de Chtulhu où on mourrait très vite quand on ne devenait pas complètement maboule.
Je suis devenu MJ (ndlr : maître de jeux) quand j’ai fait jouer mes enfants et mes cousins. J’adaptais des scénarios existants à ma sauce. Quand on est MJ, on prépare plein de trucs et rien ne se passe comme prévu. Comme le super monstre qui rate tous ses jets de dés et qui se fait rétamer en trois rounds par les joueurs ou le PNJ (personnage non-joueur) qui doit faire des révélations importantes, mais que les joueurs ignorent ou tuent par mégarde.
Beaucoup d’auteurs d’imaginaire sont d’anciens joueurs ou MJ. Ça développe le côté créatif, c’est sûr, mais aussi le côté collaboratif, puisque les joueurs doivent s’entraider. Désormais mes enfants sont grands, mais j’espère me remettre à jouer un de ces jours. En attendant, j’écoute des podcasts de parties de JDR, tels que les Fabulistes.
Pouvez-vous nous raconter comment sont apparus Zordar et Mikhalar ? Comment avez-vous écrit vos premières histoires ? Sur des blogs, avec papier, stylo, carnets… ?
Zordar et Mikhalar sont nés sur mon blog À nous la Mana ! J’écrivais de petites aventures à fur et à mesure de mon imagination quasi chaque jour. Puis d’autres personnages se sont greffé et le monde d’Aquilonia a vu le jour petit à petit. Je n’ai pas fait de plan ni de background développé de mon univers. Aquilonia est assez générique inspiré de Tolkien et de Donjons & Dragons, mais aussi de Terry Pratchett pour le côté comique.
Comment êtes-vous passé d’un blog à l’idée d’un recueil ?
Pour la première publication, vous avez été édité par Lilian Ronchaud et les éditions L’IVRE BOOK, vous souvenez-vous des circonstances ?
Oui. C’est donc Lilian qui m’a contacté. Mes histoires de Zordar l’amusaient beaucoup. J’ai été surpris et enchanté qu’on s’intéresse aux aventures de mon guerrier impulsif. Au départ on a pensé à les faire paraître en feuilleton, mais ce n’est pas facile à vendre. On les a donc regroupés en petits recueils numériques et le premier était gratuit pour attirer des lecteurs. D’ailleurs, il a été lu par plus de deux mille personnes ! Évidemment, les tomes suivants qui étaient payants, beaucoup moins, c’est normal. (Arf, arf) En tout cas, j’étais assez content de ces débuts. Je ne remercierais jamais assez Lilian de m’avoir lancé dans ce petit monde de l’imaginaire. Toute cette aventure avec L’Ivre-Book reste un excellent souvenir avec de belles rencontres.
Vos premières publications étaient en numérique. L’impression du livre a-t-elle été un changement qualitatif ?
Au début, les éditions L’IVRE BOOK étaient 100 % numérique. C’était le début des e-Books, un marché tout neuf (qui finalement n’a jamais explosé). Je crois que la part des livres numériques, en littérature, ne dépasse pas les 6 %. Et, pour participer à des salons, il faut du concret ! C’est pourquoi Lilian est passé au papier. Je dois dire que, pour un auteur, avoir son livre en main, c’est plus émouvant qu’un fichier sur une liseuse. Surtout avec la magnifique couverture des Zordar concoctée par Vael Cat !
Une certaine vision potache prédomine, et on se demande parfois quelle est, pour vous, la force de l’adolescence ?
Une certaine innocence et le moment où naissent des amitiés très fortes. Avant le passage à l’âge adulte, on peut vivre (mais ça devient difficile de nos jours) sans penser au lendemain. C’est le moment de la vie où on se découvre, on se cherche. Ça peut durer longtemps l’adolescence.
J’ai déjà écrit des nouvelles qui se passent dans Aquilonia avec d’autres personnages, comme – par exemple – La Dragonopostale dans le recueil Le Boléro du Dragon. J’ai plus d’affinité avec la fantasy parce que j’en lis beaucoup.
Vous intéressez-vous à d’autres genres de l’imaginaire ?
Je lis un peu de tout en SF. Récemment, j’ai été bluffé par le Problème à trois corps de Liu Cixin, qui nous emmène très loin et séduit par la série Toxic de Stéphane Desienne, qui mélange SF et histoires de zombies. En ce qui concerne le fantastique, j’aime beaucoup l’univers de Lovecraft.
En matière de fantasy, avez-vous un auteur qui vous sert de phare ?
Il y en a plein. J’ai lu les anciens Tolkien, Howard, Moorcock, Jack Vance, Fritz Leiber, Pratchett, bien sûr, et, par la suite, Robin Hobb, George R.R. Martin, David & Ida Eddings, David Gemmel et plus récemment Brandon Sanderson, John Gwynne, Pierre Pevel etc.
En France, nous avons la chance d’avoir beaucoup d’auteurs talentueux, tels que Jean-Philippe Jaworski, Fabien Cerruti, Aurélie Wellenstein, Laurent Kloetzer, Estelle Faye, entre autres. J’en découvre chaque année.
Qui lisait quoi dans votre entourage/dans votre jeunesse ?
Ma mère lit beaucoup, des romans classiques et des romans historiques, mais aussi des polars. (j’en lis beaucoup moi-même). À la maison, on avait tous les Zola, tous les Balzac et les grands auteurs russes. Mon frère lit pas mal aussi.
Quels sont vos premiers livres ? (celui qui est enraciné sur la table de chevet, et celui que vous adorez sans oser l’avouer)
Je relis le Seigneur des Anneaux régulièrement. La première fois, je l’avais lu en deux jours.
Sinon, j’aime bien lire des Star Wars. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est distrayant. Il faut avouer que je suis un grand fan de cette franchise.
Je conseille la lecture de Dark Plagueis (le maitre de Dark Sidious), qui est en quelque sorte la genèse du futur Empereur.
Vous souvenez-vous de votre apprentissage de l’écriture ?
Pas du tout. Mais j’ai toujours aimé raconter des histoires.
Y a-t-il une question ou un thème dont vous désirez parler ?
Je voudrais évoquer l’irruption de l’IA dans la création. Elle met déjà en difficulté de nombreux illustrateurs et des auteurs peuvent facilement tomber dans la facilité. Je ne peux pas deviner le futur, mais nous sommes à un moment charnière et potentiellement dangereux, alors faisons gaffe. Vive l’imagination humaine !
Pouvez-vous dire un mot sur vos projets ?
J’ai écrit récemment quelques nouvelles dans différents genres, mais, pour le moment, je crois qu’un certain Zordar va bien occuper mon temps.
L’ironie est-elle une bonne façon d’appréhender le monde ?
L’ironie, c’est amusant, mais il ne faut pas en abuser. Il existe des gens qui jouent dans l’équipe premier degré et qui ne comprennent pas l’ironie, ce qui peut déboucher sur de sacrés malentendus. Et puis, il ne faut pas que l’ironie se transforme en cynisme.
Ceci dit, dans le monde flippant où nous vivons, un peu d’humour et d’ironie sont souvent salutaires. Il est aussi primordial de savoir rire de soi avant de rire des autres.
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