Février vint, et le vieux jardin ressembla,
derrière sa grille, à une cage pleine de petits fauves. Matous des caves et des
combles, des fortifs et des terrains vagues, le dos en chapelet, avec des cous
pelés d’échappés à la corde, — matous chasseurs, sans oreilles et sans queue,
rivaux terribles des rats — matous de l’épicier et de la crémière, allumés et
gras, lourds, vite essoufflés, matous noirs à collier de ruban cerise, et
matous blancs à collier de perles bleues...
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J’écoutais, la nuit, leurs chants d’amour et
de combat... Une plainte musicale et faible, d’abord, longue, douce, lointaine.
Puis un appel ironique, une provocation au rival, et la réponse immédiate sur
le même ton. Ceci pour amorcer un interminable dialogue, sans autre mimique que
le jeu des oreilles couchées et ramenées, les yeux clos et rouverts,
l’expressif sourire menaçant sur les dents visibles, et la soufflerie bruyante
par les narines, entre deux répliques... Un crescendo brusque, imprévu,
effroyable, des râles, la mêlée aérienne de deux voix furibondes, les voix de
deux démons qu’apporte et roule un nuage affreux... Puis le silence, — le vent
nocturne dans le petit jardin, — et la douce chanson de la chatte, la chatte
indifférente pour qui les mâles viennent de se déchirer, la voix de ma pauvre
chatte maigrie, tout épuisée d’amour et d’inanition...
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La bourrasque tragique et voluptueuse se calma
enfin. Je revis la chatte grise, étique, décolorée, plus farouche que jamais et
tressaillant à tous les bruits. Dans le rayon de soleil qui plongeait à midi au
fond du jardin noir, elle traîna ses flancs enflés, de jour en jour plus
lourds, jusqu’au matin humide où je la découvris, vaincue fiévreuse, en train
d’allaiter cinq chatons vivaces, nés comme elle sur la terre nue.
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J’attendais cette heure là, — elle aussi, car
je n’eus qu’à prendre les petits dans ma robe, et la mère me suivit.
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Elle s’appelle « Prrou »...
(la suite)
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